LA RÉVOLUTION BINSWANGER

Liens entre phénoménologie et sophrologie par la pratique de Ludwig Binswanger.

 

Le concept d’amour comme vision thérapeutique, à la fois simple et complexe, utile aux soignants de personnes psychotiques ou ayant des troubles de la conscience.

 

La phénoménologie a influencé de nombreux intellectuels, et donc, aussi nos modes de pensées actuelles. Voici leurs définitions.

 

Pour Hegel. (1770/1831) Allemagne

Description de l’histoire de la conscience qui par le mouvement dialectique s’élève de la connaissance sensible à la pleine conscience d’elle même, à la raison et accède au savoir absolu.

 

Pour Husserl. (1858/1938) Allemagne

«Méthode qui propose un retour aux choses même, à leur signification, en se tenant non aux mots, mais aux actes où se dévoilent leur présence.

La phénoménologie est une philosophie de l’intention créatrice. La vision intellectuelle crée réellement son objet non pas le simulacre, la copie, l’image de l’objet mais l’objet lui même.»

«C’est l’évidence, cette forme achevée de l’intentionnalité qui est constituante.»(1941)

 

Pour Camus (1913/1960) Algérie et France

«Penser, ce n’est pas unifier, rendre familière l’apparence sans le visage d’un grand principe.

Penser, c’est réapprendre à voir diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié. Autrement dit, la phénoménologie se refuse à expliquer le monde, elle veut simplement une description du vécu.» 

 

Pour Ricoeur (1913/2005) France

«L’esprit se trouve en face de la conscience pure, du moi transcendantal et déterminé, constitue les conditions ultimes d’intelligibilité de tout ce qui peut être connu.»

 

Pour Merleau Ponty. (1908/1961) France

«Elle replace les essences dans l’existence et ne pense pas qu’on puisse comprendre l’homme et le monde autrement qu’à partir de leur «facticité» 

En psychologie c’est l’étude des faits de l’expérience indépendamment des principes et des théories.»

 

Pour Bachelard. (1884/1962)

«Dès qu’on apporte une lueur de conscience au geste machinal.

Dès qu’on fait de la phénoménologie en frottant un vieux meuble.

On sent naître, au dessous de la douce habitude domestique des impressions nouvelles. La conscience rajeunit tout. Elle donne aux actes les plus familiers une valeur de commencement.» 

 

Ludwing Binswanger utilise la phénoménologie dans une visée de soin.

 

Ludwig Binswanger est né le 13 avril 1881 et mort le 5 février 1966 à Krenzlingen, en suisse. Il dirige très tôt la clinique psychiatrique de son père. Il vient d’une famille de médecins. Il rencontre Freud et Jung. Il se détourne de la psychanalyse pour créer la Daseinanalyse en 1930, c’est à dire, l’analyse existentielle. 

 

Il s’appuie sur la notion d’être au monde en s’inspirant d’Husserl, Heidegger, Kant.

Pour Binswanger l’amour est essentiel à la vie. C’est un sentiment qui sublime la pulsion, et, c’est aussi la forme première de notre être au monde, une manière d’exister sans laquelle l’homme ne pourrait se définir comme tel.

Il trouve dans la critique Husserlienne du psychologisme ses premiers arguments contre la psychanalyse, notamment l’approche Freudienne du désir qui mécaniserait les rapports humains.

Là où Heidegger décrit la préoccupation, le «on» et ce qui leur fait rupture, l’angoisse, l’ «être pour la mort», Binswanger découvre une forme première qui seule permettrait d’exister en tant qu’être humain, une forme non solitaire : la «nostrité». Source et origine de la confiance en soi. 

La pathologie est une défaillance de cette première matrice fondamentale.

Pour Heidegger, l’être au monde au quotidien est préoccupation et soucis. Etre dans la moyenne, c’est être au monde au sens du soucis quotidien. Chacun s’inscrit dans le monde dont il se préoccupe. Le monde ambiant lui même n’est qu’un ensemble de relations au monde organisé autour de cette préoccupation.. Réseau d’outils dont le sens vient de la familiarité quotidienne du DASEIN (normalité-soucis quotidien).

 

La pathologie est en rupture avec la familiarité.

 

La phénoménologie permet de comprendre en quoi les malades s’enferment dans un monde que Binswanger nomme «problématique», c’est à dire non familier. 

Selon lui, dans les trois formes manquées de la présence humaine, dont la schizophrénie,  les structures de renvoies sont totalement nivelées, et où, aucun appui n’est possible dans le monde ambiant ni même recherché. 

Pour Heidegger, autrui est vécu comme ce qu’il fait. Il n’est pas «autrui différent de moi». Autrui est dans mon monde. Il fait partie de ce monde que j’utilise sans me le représenter. Au coeur même du soucis de la différence avec autrui règne la puissance de l’indifférence, ce qui entraine un horizon de compréhension médiocre ou moyen.

Pour Binswanger, il y a autre chose que ce «on».

 

Il y a le «NOUS» ou «NOSTRITE». 

 

Il écrit «la temporalité de l’être ensemble aimant ne se comprend pas comme préoccupation de l’être à porté de main.»

Alors que l’Autre dans la vision de Heidegger devient outils, pour Binswanger, il y a une autre dimension : la confiance.

La confiance est fondatrice de sécurité. Une relation aimante à l’autre qui ne peut se laisser réduire à son utilisation à l’égal d’un objet. 

L’amour doit donc s’opposer à la préoccupation quotidienne. «Les amants ne sont en soucis de rien» dira Binswanger. Cela fait que «être au monde» n’est pas une privation mais une plénitude d’être.

Pour Heidegger, il y a une absence de fondement de sens à l’existence humaine et chacun doit donner un sens à sa vie. Pour Binswanger, l’existence humaine comporte une possibilité propre qui ne trouve pas son origine dans une rupture mais surgit à partir d’un sol et d’un accueil dans lequel séjourner.

 

Aimer, c’est pouvoir dire NOUS au delà de l’isolement de chacun face à son angoisse. Seul le NOUS peut constituer cet abri originaire par lequel le DASEIN peut exister proprement. L’un ne possède rien que l’autre ne puisse également détenir. L’amour est décrit comme une «STIMMUNG», une tonalité, qui constitue le monde en de ça de toute frontière entre subjectivité et objectivité. L’amour donne son épaisseur d’être, sa profondeur à l’existence. Aimer, c’est trouver au coeur même de la préoccupation ce qui permet de s’en élever. «L’amour trouve sa structure essentielle immanente dans l’éternel» car l’Amour n’est pas pris dans la temporalité de la préoccupation qui oriente le temps vers ses anticipations. Il a toujours été là. Pure présence au présent. Suspension du temps de toute préoccupations...donc pas d’angoisse pendant ce moment là.

 

Binswanger va même parler de transfiguration du monde par l’amour. L’amour produit un dépassement d’être. Partage, participation... «les amants sont partout et nulle part chez eux». C’est la relation qui est le lien de l’être.

C’est la relation qui permet le maintien de soi et l’affirmation du Je avec l’Autre.

Cela donne de la quiétude et cela rend insignifiant l’affairement effréné du monde quotidien et cela rend à l’existence sa pleine valeur.

La parole, elle même, si souvent liée à l’agir du quotidien paraît moins nécessaire et le fond de l’amour, la musique qui est sienne est le silence.

Silence fondateur avant séparation artificielle de l’intérieur et de l’extérieur. 

Amour évidence qui permet peut être toute parole comme élan envers le monde à partir d’un d’un fond confiant et aimant. Le poète (Binswanger adore la poésie) vit le non sens de ce qui est mais il ne fuit pas la nécessité de l’angoisse et il peut se laisser ravir un instant par la saisie intuitive de l’être.

 

La PATHOLOGIE est donc une défaillance de l’amour. L’autre est considéré comme un outils.

Toutes formes de violence ou d’irrespects sont une défaillance de l’amour structurel qui caractérise l’humanité. PATHOLOGIES sont des violation de l’être ensemble qui se révèlent comme indifférence brutale, oubli, fermeture ou outrecuidances. Vivre sans amour mène à la folie.

 

SOIGNER

 

Soigner ne peut prendre sens que sur fond d’amour et de «NOSTRITE» 

«SORGE», cela veut dire Soucis mais aussi Soins.

Soigner n’est pas être en préoccupation utilitaire d’un objet, c’est établir une relation de «nostrité» se fondant sur la possibilité de la restauration de la réciprocité.

Si le soignant considère le malade comme une machine cassée à réparer, il ne peut que l’enfermer dans son monde solitaire.

On ne doit prendre conscience que l’autre ne peut rien partager avec nous mais que cette impossibilité n’est pas un affront ni une violence volontaire mais constitue sa maladie.

Le malade doit découvrir la possibilité d’un NOUS avec forme fondamentale de l’amour.

 

Notion d’espace et la pathologie chez Binswanger sont intimement liés.

Le malade mental est quelqu’un qui est «VERSTIEGEN» , quelqu’un qui s’est égaré en grimpant. L’alpiniste Verstiegen est bloqué. Il ne peut ni monter, ni descendre, si haut, dans une passe dangereuse que personne ne peut le rejoindre. Il est bizarre. Il a une perte de la fraternité commune. Perte entre la base et la verticalité.

Le soignant accompagne le grimpeur et lui indique doucement les prises accessibles sur les parois prés de lui.

L’objectif du soignant est de rendre la mobilité vitale qui repossibilisera le malade figé dans une forme de vie.

Pour Binswanger, il y a intersubjectivité et une démathématisation de l’espace comme chez Husserl. La présence d’autrui est un élément fondateur de la spatialité, en cela, cela rejoint la notion de schémas corporel.

Il a carence d’espace pour les paralytique et les personnes schizophrènes.

L’espace part du corps vivant, de ses fonctions, de ses mouvements.

JE est un ICI absolu, centre d’orientation autour duquel le monde ambiant se constitue.

 

Pour avoir une idée de l’espace homogène, il faut que je sois capable de me présenter à la place d’autrui et fictivement me mettre à la place d’autrui.

Au sein des mouvements se pose la question de la stabilité et de l’assise. Binswanger appelle cela «l’ancrage psychique» malgré l’importance du corps. Le corps est un volume espace délimité distinct du monde ambiant.

 

Selon Binswanger, la psychose est un problème de la réalité spatiale du corps comme enveloppe et comme contenant. Je -au sens de la masse de mon corps- suis menacé ou confortablement abrité. «Je» risque le morcellement, la pénétration. 

La phénoménologie tente d’éviter la dualité moi-monde extérieur - espace affectif ou affecté. Espace thymique pour les troubles de l’humeur- rapport vital entre moi et le monde- l’espace de l’ennui, l’espace de la fête, l’espace de l’angoisse...

Pour Binswanger JE et Monde forment maintenant une unité.

Par exemple, il note que Angoisse étymologiquement veut dire étroitesse/resserrement.

Il cite Goethe «comme le monde et le ciel se resserrent quand notre coeur se serre dans ses limites».

Dans la schizophrénie, la proximité est dangereuse. Le monde extérieur est plein de présences trop proches et menaçante. Tout respire la terreur.

Dans la manie (maniaco dépressif) tout est proche, rapide, à portée de main dans une atmosphère globale de fête avec accélération du temps.

Vous pouvez désormais comprendre en quoi Binswanger est un médecin essentiel à l’étude de la conscience en harmonie. Alfonso Caycédo a, quant à lui, trouver un remède mais aussi une pratique préventive à la maladie...enfin, c’est ce que je ressents après ces humbles recherches sur ce cher Ludwig Binswanger.

 

E.Crouail



 

 

 

La reconversion : petit à petit l’oiseau fait son nid

 

 

Programme de formation

 

Une reconversion professionnelle implique aussi des remaniements sur le plan personnel. Cette formation vous propose d’expérimenter un parcours psycho-corporel. Il est question d’identifier ses fragilités, ses besoins, ses ressources et ses désirs afin de s’en saisir et mieux vivre ce passage. 

 

Mots clés : transition, savoir-être, attitudes, posture, ressources, langage, système

  • Durée

Une journée

  • Public visé 

Toute personne en reconversion  

  • Prérequis

Avoir un projet

  • Intervenants

Co-animation par Karima Derkaoui, psychologue clinicienne et Emmanuel Crouail, sophrologue, tous deux formateurs en conduite du changement.

  • Objectifs  
  • Acquérir des outils de médiation psycho-corporelle
  • Développer sa capacité au changement 
  • Prendre conscience de son corps comme partenaire

 

  • Compétences visées
  • Etre en capacité de soutenir son projet
  • Etre en capacité d’entretenir sa motivation

 

  • Contenu  
  • Photo-langage : déconstruire ses représentations, construire sa présentation
  • Théâtre d’improvisation : enjeux des comportements et interactions
  • Inventaire des valeurs personnelles : prendre conscience de ses besoins 
  • Initiation à la Communication Non Violente (CNV) comme outil d’expression de ses besoins
  • Expérimenter l’ancrage par la médiation corporelle : se mettre à l’écoute du langage du corps
  • Sieste flash : découvrir ses capacités de détente
  • Ballade sensorielle : influence de l’état psycho-corporel sur sa vision du monde
  • Mise en situation : présenter un projet, observer et écouter ses ressentis

 

  • Moyens pédagogiques techniques
  • Photo-langage 
  • Relaxation dynamique
  • Exercices ludiques
  • Jeux de rôles
  • Travail en sous-groupes
  • Échanges et réflexion 

 

  • Évaluation
  • Questionnaire individuel à l’issue de la session (à chaud) et à distance (à froid)

 

  • Attestation

Une attestation de suivi de formation sera remise au stagiaire à l’issue de la formation.

KARIMA DERKAOUI FORMATION

14, rue Saint Léonard

 

44 000 Nantes

 

 

Déclaration d’activité enregistrée sous le numéro 52.44.08565.44 auprès du Préfet de Région des Pays de la Loire.  

 

Siret 487 879 553 000 70 

 

DATES : le 18 juin, le 5 juillet, et le 24 août 2019 à Nantes.